La treizième revient, c’est toujours la première

Gérard de Nerval (Les Chimères)

A l’ouverture de la première partie:

Vent par-dessus le fleuve caché

Il est un temps, pour les pécheurs en poésie, de penser le filet avec lequel ils pêchent leurs délits, et de fil en aiguille, de ne plus faire confiance au filet et de plonger dans les flots pour aller vérifier si là-bas, au plus profond des eaux, il est vraiment un fond, ou si quelque part sous l’immensité d’une large mer ou d’un océan, soudain, une lumière imprévisible pouvait déchirer les ténèbres et ouvrir un éclat plus aveuglant que l’obscurité.

« Nous cherchons au bord d’une eau louche

l’éclatement d’un soleil clandestin »

Ainsi parla le Dieu d’un certain Fleuve caché.

Penser sa poésie ? La penser dans ce qui la justifie ou ne la justifie pas comme une expérience de l’être !

Davantage d’ailleurs comme l’expérience d’un « mal-être » étonné devant le risque du Néant. Angoisse existentielle dont un prétendu prophète d’antan sut trouver la formule :

« En ennui, comme assis sur le vent ».

Saurait-on dire si « l’état poétique » – parce qu’état poétique il y a, chaque fois que naît le besoin du poème – est un état d’inspiration ou de possession, pour autant qu’il puisse y avoir de différence entre ces deux impulsions ?

L’état poétique est d’abord un état de trouble.

Un trouble est fondamentalement vécu comme un état de rupture ou un besoin de rupture…

Un état de mal-être dans l’expression même d’un besoin du bien-être…

Un étonnement devant le plus petit rien et le plus banal des faits et des choses…

Devant tout ce dont on s’étonne qu’il puisse susciter l’étonnement !

Quelle vérité, au-delà ?

Sinon peut-être le besoin de se faire une voie dans le monde des ténèbres…

Et l’étonnement devant ce même besoin !

Eternelle suspicion sur la corde raide tendue par-dessus le Silence.

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A l’ouverture de la seconde partie:

Avant-propos

Cet ensemble de textes est tiré de la première plaquette de poésie, parue à la fin de l’année 1992, sous le titre « Rosée suivi de Tempêtes et Autres vers« . En relisant ce recueil, je ne pouvais m’empêcher à chaque fois de repenser l’écriture de certains de ses textes. D’autres me paraissaient ne souffrir aucun changement, contrairement à d’autres encore qui ne me satisfaisaient plus et que je ne sentais plus le besoin de signer de nouveau, à moins qu’à un moment ou à un autre ils puissent servir de matrice à d’autres poèmes. C’est qu’une fois revisité, le jardin de la poésie a souvent besoin d’être essarté, réorganisé et régulièrement arrosé pour finir en roseraie adaptée au besoin de son jardinier. Au fait n’écrit-on pas toujours les mêmes poèmes, à chaque fois différemment? Il y a tout lieu de le croire. En tout cas c’est ce sentiment que cherche à traduire l’ensemble du présent recueil et particulièrement le sous-ensemble issu de Rosée…, celui-ci que j’ai choisi de baptiser « Roseraie ré-ar-rosée ».

Au fait, ce sentiment était déjà en germe dans le texte qui suit et qui, en guise de préface intitulée « Avertissement de la fin », constitue le texte inaugural du premier recueil:

« Rosée est le jus de plusieurs années de ma vie, années de gestation et de maladie. Je l’ai tissé de mon sang et de mes insomnies, pour te le tendre ainsi fait, nullement parfait, mais perfectible encore, et toujours, comme un homme et comme une société… à la manière dont on tend une main mouillée du fond d’un gouffre.

Je t’envoie donc cette voix éraillée, comme un jet de venin, sûr de l’idée qu’en m’exposant je te montre tel que tu es et tel que tu ne te reconnais pas. Je sais que tu succomberas, esclave de ta curiosité, à la tentation de regarder, compatissant ou moqueur, dans le puits où je suis. « Il est doux sur la vaste mer… ». J’espère seulement que tu auras le vertige.

Viens mon cher, alter ego t’attend. »

M.M. Février 2009