Le département de français et Brachylogia-Tunisie de l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis organisent le IVème séminaire des études brachylogiques sous le titre « Lumières et Brachylogie » du 15 au 17 octobre courant.

Ce séminaire s’inscrit dans la continuité des séminaires internationaux de Brachylogie qui ont eu lieu tout d’abord en Tunisie (à Moknine, le 17 avril 2013 et le 18 avril 2014 ; à Tunis, le 20 novembre 2013 et les 17-18 octobre 2014), le 07 février 2015 à Annaba (Algérie), puis en France (Paris, le 15 novembre 2014), en février 2015 à Beyrouth (Liban), ainsi que le 1er Congrès mondial des Recherches et Études Brachylogiques qui s’est déroulé les 23, 24 et 25 avril 2015 à Kenitra au Maroc ; et on croit savoir qu’un autre séminaire se tiendra à Guelma (Algérie) les 28-29 octobre 2015. C’est dire que ce concept de brachylogie prend une dimension importante en gagnant des territoires à travers le monde, étant l’objet depuis quelques années de plusieurs études et recherches d’éminents professeurs spécialisés dans la littérature, la philosophie, la linguistique et d’autres disciplines. Ce séminaire sera suivi par un autre en Tunisie, à savoir le Vème séminaire des études brachylogiques en avril 2016  à Sfax, intitulé « Stylistique et brachylogie ».
Plusieurs séances sont prévues durant ces trois journées où plusieurs professeurs universitaires tunisiens et étrangers interviendront pour débattre de ce sujet. La première journée qui a eu lieu le 15 octobre à partir de 14h a porté essentiellement sur la présentation du nouvel ouvrage du Pr. Mansour M’henni « Le Retour de Socrate : introduction à la nouvelle brachylogie », édité par Brachylogia en partenariat avec l’ISSHT et l’Université Tunis El Manar. La séance a débuté par une présentation sommaire du livre par M. B.B.H (responsable des Editions Brachylogia) qui souligna dans son discours l’apparente étrangeté du concept de cette « nouvelle brachylogie » et sur la nécessité d’en éclaircir le sens en indiquant qu’« il était devenu indispensable et urgent qu’un ouvrage paraisse pour répondre aux interrogations des uns et des autres, afin de dissiper le brouillard persistant autour de quelques aspects de la nouvelle brachylogie et aussi pour convaincre de l’utilité de cette discipline comme méthode d’approche des œuvres littéraires ou autres, et aussi comme manière différente de s’appréhender soi-même et de comprendre le monde autour de soi. C’est, entre autres, à ces fins que Mansour M’henni s’est empressé de publier Le Retour de Socrate ou Introduction à la Nouvelle brachylogie.» Après quoi, M. Mansour M’henni a pris la parole pour éclairer davantage les assistants du contenu de son nouveau livre et pour mieux définir ce qu’il appelle « La nouvelle brachylogie ». Selon l’auteur de cet ouvrage, de la brachylogie pourraient naître une « vraie philosophie soutenant une vision éthique et ontologique de la vie, et un nouveau mode dans les échanges et la communication favorisant la culture conversationnelle et une nouvelle manière démocratique du vivre-ensemble. »
Le dictionnaire Larousse donne au mot « brachylogie » cette définition: « Emploi d’une construction plus courte qu’une autre, sans que le sens de la phrase change. » En d’autres termes, c’est une figure de style, une variété d’ellipse, qui consiste à ne pas répéter un élément précédemment exprimé. On dit par exemple : « venir à dix, c’est trop; (venir) à deux, (c’est) trop peu. ». C’est aussi une manière de s’exprimer dans les sentences, les maximes ou les proverbes, comme on dit dans le proverbe suivant : « Erreur n’est pas crime » au lieu de : « Celui qui a commis une erreur n’a pas forcément commis un crime. », ou encore comme écrit Jean de La Fontaine dans l’une de ses Fables : « Les mains cessent de prendre, les bras d’agir, les jambes de marcher ». Remarquez dans ces exemples que le discours bref et court vient remplacer un autre long et détaillé. Cela interpelle donc les paramètres qui définissent la brachylogie.
La « nouvelle brachylogie » au service du monde moderne
C’est en fait ce sens large du mot « brachylogie »qui lui attribue l’idée de brièveté, de concision, de sobriété et de petitesse. Or, selon Pr. M’henni, on peut constituer une palette de caractérisations pour le concept de brachylogie dans les différents champs de sa représentation et ainsi de cette « petitesse » peuvent provenir  des « grandeurs », des « ampleurs », des « étendues », « des perspectives »…  Longtemps confinée dans son statut de variante de l’ellipse dû sans doute à l’origine grecque de son appellation « brachys » (court), la brachylogie se trouve de plus en plus investie dans des champs disciplinaires divers. Par conséquent, elle ne concerne pas seulement les formes brèves du récit (à l’oral comme à l’écrit), mais elle est soumise à toutes sortes de modulations liées à des exigences discursives, génériques et textuelles. De là, la brachylogie peut s’étendre à plusieurs domaines, comme la poésie, la musique, la vie politique, la communication, la vie quotidienne… Quoique le concept soit assez ancien, puisqu’il remonte à l’époque de Socrate, la brachylogie semble renaitre de ses cendres pour servir le monde moderne et s’investir dans de nouveaux champs d’application, comme les sciences humaines, les arts et les sciences exactes. Si étrange qu’il puisse paraître, le concept « Brachylogie » est pourtant si présent dans notre vie quotidienne. D’ailleurs, la technologie moderne nous submerge aujourd’hui par ses exploits en inventant des produits de plus en plus petits et minuscules dont l’utilité est immense, si bien qu’on assiste aujourd’hui à un grand engouement des consommateurs pour les objets miniaturisés. De même, en littérature, on parle de plus en plus d’un genre appelé « Nouvelle-flash » ou « Flash Fiction ». Les SMS échangés via les téléphones portables à travers le monde sont aussi un exemple pertinent… C’est que, de nos jours, on accorde de plus en plus un intérêt particulier  aux microstructures, à la minorité, à la petitesse et à la brièveté discursive.
Il s’agit donc dans ce livre du Pr M’henni d’un retour d’un concept ancien qui remonte à l’époque grecque afin de le repenser à la lumière de la vie moderne, du moment que ce concept de brachylogie touche à toutes les disciplines de recherche et de création et que selon les spécialistes les études brachylogiques pourraient influer sur l’avenir de l’homme, son environnement, son comportement, ses relations, ses potentialités  et  ses ambitions… C’est donc un concept sur lequel travaillent actuellement les spécialistes dans le monde. Autrement dit, Pr M’henni tend à réhabiliter le concept fondamental de Socrate, la brachylogie, dans la dimension et les perspectives qu’il peut prendre en harmonie avec le monde moderne. Aussi peut-on lire dans la 4è de couverture ce qui suit : « Héritée de Socrate surtout, dans sa configuration notionnelle la plus profonde la brachylogie a vu étouffer son potentiel philosophique au profit d’un usage procédural au sein de la rhétorique. C’est un peu contre cette sorte de seconde mort de Socrate que Mansour M’henni a initié, en 2012, le concept de « Nouvelle brachylogie », dans la perspective d’une ouverture pluridisciplinaire et d’une réactualisation adaptée au monde moderne. » Rappelons que Mansour M’HENNI, initiateur du concept de « Nouvelle Brachylogie », est professeur de Langue et Littératures françaises et francophones, à l’Université Tunis El Manar en Tunisie. Poète, romancier, essayiste et traducteur, il est auteur de 4 études littéraires, d’un essai, de 5 recueils de poésie, d’un recueil de nouvelles, d’un récit et d’un roman, « La Nuit des mille nuits ou le Roi des Pendus » (2012), qui a obtenu le Prix littéraire International Kateb Yacine lors du Vème Forum International Kateb Yacine à Guelma (Algérie), en janvier 2014.

 Hechmi KHALLADI

http://www.letemps.com.tn/article/93819/mansour-m%E2%80%99henni-signe-%C2%AB%C2%A0le-retour-de-socrate%C2%A0%C2%BB

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