« On est capté et captivé par les images que le texte tisse au fur et à mesure que le personnage central, Farès, est happé par les fils de son « Araignée » séduisante, qui entretient le désir d’écrire, et celui de lire.

La femme, au centre de la création, comme elle l’a été depuis la nuit des temps, est ici l’image inversée de Shéhérazade : Fares est la proie qui doit raconter pour ne pas succomber à la fascination, pour ne pas voir s’évanouir l’apparition de la sirène-djinnia. Bien plus,  la condition de tous les hommes qui entourent Fares se joue à travers son histoire : ces êtres qui se consolent par leurs rencontres amicales, leurs dialogues apparemment virils, et à peine machistes par moment, mais qui révèlent avant tout la fragilité et le manque ; seule l’évocation de la féminité les sauve de la solitude tragique.

Ce n’est pas un hasard si ce récit se veut un conte qui renverse  l’image   de Shahrayar stérile en acteur fécond, maître de la parole et du récit. Ce texte allégorique de l’emprise féminine sur l’homme renverse le stéréotype du Maghrébin phallocrate, tyrannique, sexiste ou simplement paternaliste. Même si en apparence le langage le laisse penser par moment (mais n’est-ce point là un usage ironique du  texte ?), ce n’est en fait qu’un moyen de défense  et de résistance  à la force, dévastatrice et sublime à la fois, de la femme, éternellement jeune et belle dans ce roman, mais qui rajeunit et embellit l’homme à son contact (notamment dans cette scène merveilleuse finale qui donne tout son sens au récit-conte).

Parler de la femme  à la façon de M. M’henni dans L’araignée, c’est avant tout sonder les potentialités expressives, imaginatives, hallucinatoires, libératrices de l’homme par la littérature. Mais cette exploration n’est réalisable que par une connaissance vécue, approfondie, sincère, aimante de la féminité dans son euphorie et sa souffrance. Bien sûr, on ne sort pas indemne de cette expérience, que nous soyons « plumitif », « plumassier » ou « plumard » ; mais l’humour, la fantaisie, l’hédonisme, l’optimisme, le sens de la poésie donnent des ailes angéliques qui permettent de s’approcher du feu vital sans se consumer entièrement.

On l’aura compris, c’est moins un récit sur la femme qu’une exploration de la part féminine dans l’homme : elle rend l’existence vivable, au delà des normes et des doxa qui empêchent l’expression libre du corps et de l’esprit. Ce texte de poésie-prose concilie les deux composantes de notre androgynie naturelle, et le maghrébin à sa vrais histoire, débarrassée des scories et des pesanteurs accumulées.

Alors, à ce nouveau Chahrayar d’une nuit, nous demandons d’autres toiles d’araignées !

Absallah Mdarghri Alaoui (Maroc)